Un hommage sur les traces de Jean-Christophe...
Communiqué de Katia Lafaille
23 juin 2006
Bonjour,
Vous êtes nombreux à demander de mes nouvelles et je vous en remercie.

Jusqu’à maintenant il m’était difficile de vous en donner,
il fallait que je reprenne ma vie en mains, voici donc ce que je peux vous dire pour l’instant.

Je
suis de retour en France depuis le 29 mai dernier après avoir passé 5 semaines au Népal avec mes enfants ; Jérémi et Tom.

Le but de ce voyage était de
se rapprocher le plus possible de Jean-Christophe afin de lui dire au revoir pour la dernière fois.

Après 10 jours de marche dans des conditions difficiles nous sommes arrivés au pied de ce géant et majestueux "Makalu".
Il faisait un temps magnifique et la montagne était belle.

Avec les enfants et les sherpas,
nous avons construis de nos mains un mémorial pour Jean-Christophe en y déposant une plaque de pierre préparée à Katmandou.

Cette dernière porte le nom de Jean-Christophe et notre message.

Dans le dernier village que nous avons traversé avant d'atteindre le camp de base du Makalu quatre jours plus tard, nous avons trouvé un lama qui nous a accompagné jusqu'au bout de notre chemin afin d'y
célébrer une "puja" (cérémonie).
Jean-Christophe a eu une belle cérémonie... au pied de son ultime voyage était regroupé entre autre une vingtaine de népalais qui ont priés et chantés pour Jean-Christophe... (le reportage de ce voyage a été publié dans le Magazine Paris-Match N°2974 de la semaine du 18 au 23 mai 2006)

L'expédition italienne qui était au Makalu n'a trouvé
aucune trace de Jean-Christophe hormis un manche de piolet avec une sangle ayant servi à sécuriser le passage d'une crevasse vers 6500 mètres d'altitude.
Pas de tentes Mountain Hardwear "EV2" de couleur orange à 6900m d'altitude ni à 7600m... rien de rien... il y a eu des très grosses chutes de neige au Népal au début du mois d'avril. Cette neige est tombée durant plusieurs jours et sans le moindre vent même en haute altitude.

La tente de Jean-Christophe à 7600 mètres d'altitude doit être écrasée sous 2 mètres de neige...
Les Italiens ont été formidables, ils ont fait le maximum pour tenter de me ramener quelques choses. Mario Vielmo, le leader de l'expédition italienne, a réussi le sommet du Makalu.
Le Docteur, Mauro Torre, est venu à ma rencontre au camp de base du Makalu à 4800m (ils étaient installés au camp de base avancé à 5400m) il m'a remis le manche du piolet de Jean-Christophe.
J'ai été extrêmement déçue de ne pas avoir plus d'informations, avec le temps j'ai renoncé à cette quête inutile de continuer à le rechercher lui et son équipement. J'ai fait ce qu'il fallait au moment ou il le fallait.
Jean-Christophe est allé au bout de lui-même, au bout de sa passion. Ce qui le faisait vibrer dans les projets qu'il entreprenait c'était cette notion d'engagement, être livré à lui-même, évoluer dans un milieu naturel sans qu'on puisse venir le chercher, un des derniers endroits sur terre où la technologie n'exerce pas encore son pouvoir...
Il comparait souvent sa démarche en montagne à une partie d'échec ; de la tactique, une grosse préparation, différentes stratégies, de l'anticipation aux problèmes qui pouvaient arriver, énormément de prudence, beaucoup d'intelligence, de patience et d'humilité.. cette fois il a perdu..." Échec et Mat" ...il savait qu'il y avait un risque, il l'acceptait..., il rentre dans l'histoire des grands explorateurs... son parcours, sa vie et riche d'enseignements pour ceux qui restent, il nous laisse un bel héritage dans lequel il reste présent...

Avec les enfants,
nous lui avons rendu un hommage digne de lui et des dernières semaines qu'il a passé sur ce Makalu.
Les enfants sont eux aussi aller au bout d'eux-mêmes pour lui dire au revoir et s'imprégner durant quelques jours du lieux de son dernier voyage.
Nous l'avons accompagné, il n'est pas seul, nous nous sommes libérés d'un poids que nous avons laissé à sa place, là-haut avec lui..., un poids qui nous empêcherai de regarder devant... Je suis apaisée, mes enfants aussi...
Je relève enfin la tête pour regarder l'avenir et mettre un pied devant l'autre... ce n'est pas tous les jours faciles mais j'avance et je fais confiance à la vie, à l'avenir.
Cette lente reconstruction a pu commencer aussi grâce aux soutiens des personnes proches de moi... elles se reconnaîtront et je vous dis MERCI...
J'en profite pour remercier Veikka Gustafsson qui a atteint le 15 mai dernier, sans apport d'oxygène artificiel, dans des conditions météorologiques extrêmement difficiles
son onzième sommet de plus de 8000 m le "Kangchenjunga 8595m" (Troisième plus haut sommet du globe, qui signifie "les cinq trésors de la grande neige").
Veikka était avec moi durant mon voyage au Népal en février dernier. Il a rencontré Jean-Christophe pour l'ascension de l'Annapurna en 2002, ils ont partagés des moments forts durant cette expédition. Je lui ai offert ce qui me tenait le plus à coeur dans le matériel de Jean-Christophe....son piolet.
Jean-Christophe était très attaché à cette partie de son équipement...
Veikka m'a dit "je tenterai le Kangchenjunga avec le piolet de Jean-Christophe" il a fait mieux,
il a emmené une partie de Jean-Christophe au sommet de ce 8000m qu'ils avaient envisagés de grimper ensemble.
Côté projet, je prépare un livre, mon livre, qui sortira pour la date anniversaire de la disparition de Jean-Christophe en janvier 2007.
Il y a d'autres projets dans la tête mais pas suffisamment structurés pour être évoqués aujourd'hui.
Le voyage restera je pense le fil conducteur, une des locomotives de ma vie...
A bientôt !
Katia Lafaille.
Communiqué de Katia Lafaille
26 avril 2006
Une petite mise a jour avant de partir pour mon trek.
J'ai été retardée car mon bagage n'avait toujours pas été retrouvé...je me suis inquiétée car j'ai recupere un bagage avec mon nom, le numero de vol, etc... sauf qu'il n'etait pas a moi. Sans ce dernier, je pouvais rentrer à la maison.
Apres plusieurs allers et retours à l'aeroport à discuter pour faire bouger, avancer les choses, la compagnie aerienne a finalement retrouvé mon bagage resté a Doha...Je l'ai enfin recupéré hier matin avec un gros soulagement.
Nouis partons dans 15 minutes pour l'aéroport domestic afin de relier Tumlingtar. Je vais essayer de commencer le trek aujourd'hui, cela dépendra des porteurs...
Nous devrions arriver a Hillary Base camp le 6 mai ou nous installerons le memorial pour Jean-Christophe.
A bientôt
Katia, Tom et Jeremi
Communiqué de Katia Lafaille
Lundi 22 avril 2006

Bonjour, Nous sommes bien arrivés à Katmandou hier soir au lieu d’hier matin car comme souvent au départ de la France il y a des problèmes… Nous avons donc loupé notre correspondance pour le vol Doha / Katmandou.
Après une courte nuit à l’hôtel nous sommes retournés à l’aéroport.
Nous arrivons pour finir à 18h30 au Népal avec un bagage perdu qui, fort heureusement, a été retrouvé car sinon je ne pouvais rentrer à la maison.
La situation est très moyenne sur place. Un couvre feu empêche la réception de l’hôtel de venir nous récupérer à l’aéroport. Il y a des bus pour assurer les transferts mais inutile de dire qu’ils sont surchargés et que bien évidemment il n’y en a pas assez !
Nous entendons des manifestants, des sirènes de police à l’extérieur de l’enceinte de l’aéroport. Trois heures après notre arrivée à Katmandou nous arrivons enfin à quitter les lieux en bus ! Les rues sont désertes, ici ou là des militaires armés postés derrière des sacs de sable dans les rues de Katmandou.
Je n’avais encore jamais vu le Népal dans une telle ambiance.
Après avoir passé une bonne nuit réparatrice, j’ai pu rencontrer l’agence avec laquelle j’ai organisé mon trekking. Normalement je vole toujours le 24 avril pour me rendre au départ du trek à Tumlingtar.


Aujourd’hui encore une journée complète de couvre feu.
J’en profite pour préparer les bagages pour le trek. Je n’ai toujours pas récupéré le bagage manquant.
Demain matin tôt je vais récupérer du matériel dans une autre agence dans Katmandou.
Vers 9h00, nous irons dans Kathmandou afin de choisir la pierre et la gravure pour le mémorial de Jean-Christophe.
C’est difficile d’être ici, si proche de Jean-Christophe avec pleins de souvenirs qui ré- émergent.
J’espère vraiment que nous pourrons partir comme prévu le 24 avril pour Tumlingtar car j’ai besoin de commencer ce trekking, de monter pour me rapprocher encore de lui, obtenir des informations…J’ai parlé au leader de l’expédition Italienne aujourd’hui via le téléphone satellite, ils sont arrivés au camp de base avancé, il y a eu des chutes de neige et la météo est moyenne avec pas mal de neige.
A bientôt
Katia, Tom et Jérémi.
PS : lors de la disparition de Jean-Christophe, nos partenaires Petzl et Gore m’ont apportés un soutien financier afin de participer aux frais de recherche pour retrouver Jean-Christophe. Ces frais ont été pris en charge par l’assurance de la Fédération Française de la Montagne et de l’escalade. J’ai remboursé Petzl. Gore n’a pas voulu être remboursé et a tenu à participer au pèlerinage que je vais effectué avec mes enfants. Je tiens à les remercier profondément car ce voyage est onéreux, sans ce soutien nous l’aurions quand même fait mais avec des soucis de budget en plus dans la tête. Notre partenaire Campofrio « Montagne Noire » a également participé à ce voyage. Encore un grand merci à eux, je pense que Jean-Christophe aurait été comme moi extrêmement touché par ce geste…
Communiqué de Katia Lafaille
Lundi 17 avril 2006
Bonjour,
Ce jeudi 20 avril, je m’envole avec mes enfants pour le Népal. Nous arriverons sur place le 21 au matin. Le 24 nous nous envolerons par un vol intérieur pour Tumlingtar point de départ de notre trekking pour le camp de base avancé du Makalu.
J’espère que la situation sur Katmandou se stabilisera même si au fond je pense que cette fois-ci les manifestants iront au bout de l’action et des revendications qu’ils mènent depuis plusieurs années maintenant…
Le 25 avril nous devrions commencer le trekking et arriver vers le 7 mai au camp de base avancé à 5600m d’altitude.
J’ai hâte de rejoindre l’expédition Italienne qui est déjà sur place. Elle aura probablement pu atteindre le Makalu-La à 7400m d’altitude et donc me donner, je l’espère, des informations sur la présence ou non des camps d’altitude de Jean-Christophe (si ces derniers n’ont pas été arrachés par les vents violents), sur des traces éventuelles de Jean-Christophe afin de comprendre ce qui lui est arrivé.
Le plus difficile va être de rester au camp de base en sachant que Jean-Christophe est quelque part au-dessus de moi… l’envie d’aller plus loin, plus haut va être je pense très forte.
Je crains qu’avec la situation actuelle à Katmandou je ne puisse faire préparer une plaque en marbre avec le nom de Jean-Christophe qui doit être transportée à dos d’homme et installée au camp de base à 4800m d’altitude. J’essayerai quand même.
J’espère pouvoir trouver dans les villages que nous traverserons un tailleur de pierre pour faire sur place au camp de base un mémorial pour Jean-Christophe. J’essayerai également de trouver un lama sur notre route qui célébrera un « puja » (cérémonie) une fois le mémorial installé.

En février dernier, au camp de base, je me suis sentie très proche de Jean-Christophe et apaisée, j’espère que je retrouverai ce calme intérieur qui m’a quitté lorsque je suis repartie… j’espère que mes enfants auront également accès à cet apaisement, à cette proximité, nous en avons tous les trois besoin…

A
la fin de notre trekking, nous passerons quelques jours sur Katmandou afin de nous reposer, nous promener, sans Jean-Christophe cette fois-ci, sur la stupa de Boudnat avec pleins de pensées très fortes pour lui, ce lieu si calme avec cette culture bouddhiste si forte se prête merveilleusement bien à la méditation.

Nous nous rendrons également au temple Blanc (ou la cérémonie de Jean-Christophe a été célébrée en février dernier) situé à quelques mètres de la Stupa.
J’irai encore remercier et présenter nos enfants à l’Ambassadeur de France et au Consul à Katmandou. Ils ont été formidables avec moi dans ces moments difficiles.
J’essayerai à travers le site de vous donner de nos nouvelles durant notre trekking…
Au revoir et merci pour vos messages.
Katia, Tom et Jérémi.